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L'Islam, une aventure passionnante

 L’Islam peut être considéré comme une aventure passionnante ; aventure qui a pour point de départ le ventre maternel et qui ne saurait prendre fin qu’avec les flancs inconsolables de la tombe.

 Cheikh Ahmed Tidiane Sy

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Serigne Mouhammadou Moustapha Sy, Responsable moral du Dahiratoul Moustarchina Wal Moustarchidaty : Génie du Verbe et de l’Esprit

 Génie du Verbe et de l’Esprit:Depuis plus de trois décennies il anime, des conférences religieuses  avec une méthodologie et un style unique. Il est un redoutable dialecticien doté d’une vaste culture et d’un esprit ingénieux qui, à travers l’Université du Ramadan dont il est le Recteur et le Professeur attitré,

l’amènent à façonner son auditoire et à faire passer son message tiré de l’enseignement du Prophète, de Cheikh Ahmed  At Tidjani, de Seydi Hadji Malick Sy , Serigne Babacar Sy et de son père. Regard sur un Meneur de foule devenu un phénomène.   

 

Il est grand, par la taille comme par le Verbe. Son regard pétillant derrière de sobres lunettes correctrices  est vif ; sa démarche est altière,  sereine et seigneuriale. Sa mine sérieuse, calme et grave, dégage toujours un souffle alerte qui renseigne que chez cet homme à la fois guide religieux, leader d’opinion et meneur de foule, chaque instant est un moment de méditation et de contemplation de l’Unicité de Dieu,  thème récurrent dans ses interventions publiques, dussent-elles être d’inspiration sociale, politique, économique ou culturelle. Il voit Dieu en tout, partout et sur tout parce que pour lui, la nature, comme l’Homme, est une théophanie. Quand il parle avec cet exceptionnel accent rythmé qui monte crescendo comme la voix incantatoire d’un porteur de messager, il hypnotise son auditoire si bien que chaque syllabe de son propos devient un silo inépuisable de sagesse dont lui seul a le secret. Son débit vocal est unique. Ses propos, traversés par une horde puissante de paraboles, suivent le rythme de la gravité du message qu’il livre. Quand il entame son cours ou discours, son auditoire devient coi. C’est à peine que l’ont perçoit le ronronnement d’une mouche. Son Verbe haut et coloré peut, durant des heures, tenir en haleine son public, toujours vêtu de blanc, sobre couleur de transparence et de pureté. Une seule parabole, chez lui, est approuvée à l’applaudimètre par une immense foule majoritairement composée de jeunes dont l’écrasante majorité jouit d’un intellect averti.  Ses enseignements philosophico- religieux sont recherchés. Ses positions politiques sont redoutables. Ses opinions, surtout politiques,  pèsent  sur le champ public. 

 

Produit de la spiritualité 

 

Cet homme charismatique au corps élancé et aux bras longs et sveltes est simplement un phénomène. Serigne Mouhamadou Moustapha Sy est son nom authentique. Il est né le 10 juin 1952,  à Tivaoune,  Cité religieuse située à 92 km de Dakar,  au cœur de l’ancien royaume du Cayor où il a appris, dès le bas âge, comment se forge dans l’opiniâtreté, la patience et la foi la clé du Savoir. Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Makhtoum est son père. Sa mère, Sokhna Safiètou  Dème est la fille de Serigne Amadou Dème de Sokone, auteur de « Dyahou Narirayni », l’impressionnante exégèse du Coran à laquelle s’accrochait l’Égypte en raison de la haute pertinence et de l’unicité de son contenu. Par celle-ci comme par celui-là, ce responsable moral du très complexe et dynamique Dahiratoul Moustarchidina Wal Moustarchidaty fondé en 1979, s’impose comme le fruit naturel  de la spiritualité. Il est le petit-fils de Seydi Khalifa Ababacar Sy, premier Khalife de Seydi Hadji Malick Sy et de Sokhna Astou Kane, fille de Serigne Abdoul Hamid Kane, le mystique du Saloum. De ces saints hommes, Serigne Mouhammadou Moustapha Sy, adulé et adoré par un public grandissant chaque année et radicalement  acquis à sa cause, a hérité des valeurs et des qualités fortes qui font de lui une personnalité religieuse polyvalente. Mais il est surtout le produit de son père, Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy al Makhtom, son «   seul  et unique Directeur de conscience ».

 

C’est d’ailleurs grâce à l’enseignement et à la bénédiction de celui-ci dont l’immensité du savoir est de notoriété publique que  Serigne Mouhaamdou Moustapha Sy a ainsi réussi à être l’architecte de son propre esprit. De ce père, il a, en effet,  hérité la mystique du travail, le culte du savoir et la vertu de courage. Ce trinôme a naturellement fait de lui un homme à la fois conservateur et moderne, ouvert à toutes les sagesses religieuses et à toutes les contradictions idéologiques sans jamais en être assujetti. Ses talibés ayant aussi des relents de militants dévoués, à la limite fanatiques, suivent toujours ses propos avec toujours un carnet et une écritoire à la main pour prendre note. Leur chance est surtout d’avoir comme guide religieux un homme doté  d’un incomparable sens de la pédagogie et de l’humour. 

 

Bâtisseur d’âmes 

 

Naturellement, cet homme, Serigne Mouhamadou Moustapha Sy impressionne tant il envoûte son amphithéâtre par sa voix de soprano qui fait mouvoir les mots  pour leur donner une existence animée. Il est un communicateur hors pair et un meneur de foule qui a le don rare d’immobiliser le public qui l’écoute par des apophtegmes, des anecdotes ou des maximes tirés soit des profondeurs de son esprit super cultivé, soit de la sagesse légendaire de son père, Serigne Cheikh Ahmed Tidiane, « le seul être devant qui il cède ». 

 

Le visage caractérisé par des traits fins et délicats avec un teint frais mis en relief par diverses expressions vivantes spécialement accentué par son regard grave, il est, en tout, emporté par le tourbillon de son dynamisme intellectuel qui l’amène à consacrer sa vie à la poursuite de projets  d’envergure qui galvanisent et portent de l’avant. Lorsqu’il ne déploie pas ce dynamisme, il se livre à la quête d’un idéal pour que l’optimisme prime sur l’esprit défaitiste. 

 

Le responsable moral du Dahiratoul Moustarchidina Wal Moustarchidaty est, en fait un véritable bâtisseur d’âmes qui a une mainmise directe sur la conscience de ses nombreux  talibés, militants intrépides de sa Voie et de sa Voix. Comme Jean-Jacques Rousseau, il les a, ainsi, façonné par l’éducation comme un végétaliste qui façonne un jardin d’espérance. Il leur a surtout donné une autre vision du monde qui part du postulat que Dieu Seul est Souverain. C’est ce leitmotiv de la Tawhid qui ponctue son enseignement qui repose sur la pratique stricte de la piété, du renoncement aux vanités, de la lutte contre l’injustice, du respect de la dignité humaine et de la mise en valeur de l’Homme capable de toutes les grandeurs. Ainsi, avec les Moustarchidines, Serigne Mouhammadou Moustatpaha Sy a bâti des âmes nouvelles en éveillant en elles une conscience plus haute de leurs rapports avec Dieu, avec tout Homme et avec l’Univers. Conséquemment,  être de son mouvement, c’est suivre une religion et une communauté tout en respectant une foi et un code de vie. 

 

Au banquet du Savoir,

 

En 1995, après avoir dénoncé les trois crises  - crise de confiance, crise de compétence et crise d’autorité - qui faisaient sombrer le Sénégal dans le chaos, il institue l’Université du Ramadan dans le but de mettre ses troupes à l’abri de l’ignorance en leur assurant un  réel « réarmement moral, spirituel et intellectuel. »  Cette université du Ramadan se tient à Yoff et risque de se retrouver  bientôt dans un stade en raison du nombre grandissant des  participants venant de toutes les contrées du Sénégal. L’ordonnancement de l’espace dans lequel elle se tient pendant le Ramadan vaut une fortune. La tribune qui sert de Palladium du Savoir est rehaussée par une décoration rythmique et incantatoire qui rend visible  l’invisible par la géométrie des formes et la musique des couleurs et de la lumière. L’art musulman se dégage dans cet espace où s’exprime une profession de foi à travers les palmettes et les arabesques qui se lisent jusqu’au siège qu’occupe Serigne Mouhammadou Moustapha Sy. Cette Université du Ramadan est devenue une  institution et une véritable «  tribune de la pensée libre » où l’intelligentsia sénégalaise de toutes les tendances est invitée à « faire un diagnostic des maux dont souffre l’humanité en général et la communauté musulmane en particulier afin d’en proposer des perspectives de solutions  idoines ».

 

Pourtant, jamais Serigne Mouhammadou Moustapha Sy, recteur attitré de cet espace de Savoir  n’a jamais posé les pieds dans une école ou université française encore moins dans un Institut arabe.  Mais étant le fils de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Makhtom, le paradoxe devient une évidence : il manie l’arabe et le français avec un art raffiné à partir duquel se dégage en lui une forte personnalité qui passe d’une exceptionnelle dextérité du langage à la subtilité d’une verve colorée pleine de dits et e non dits. On ne lui connaît aucun parcours scolaire ni aucun diplôme universitaire. Néanmoins, il déboulonne Descartes, démonte Voltaire, critique Montesquieu, psalmodie Ronsard, décomplexe Senghor, se défoule sur la Négritude et la Négro Renaissance, nargue Heidegger, remet Sartre à l’ordre, corrige Albert Camus, conforte Roger Garaudy,  cite Ibn Arabi, parle de Al Ghazali ou  convoque Abdel al-Karim Al-Jili. Naturellement, cette culture se répertorie sur son auditoire qui y gagne des pans entiers de connaissances. 

 

C’est que Serigne Mouhaamadou Moustapaha Sy est un guide religieux de type cérébral qui, grâce à une nature ingénieuse, a une aptitude à faire assimiler à ses disciples les données du Savoir pour amener chacun à être capable de faire face aux énigmes. Il a mené tous les combats. Aujourd’hui une autre voie s’ouvre à lui, sur instruction de son père : réaliser l’unité de cette grande famille qu’est le Sénégal en assumant la fonction de régulateur et de médiateur. Cette fonction relève peut-être d’une vision dont il ne livre pas encore  le contenu, se limitant simplement à donner rendez-vous à son nombreux « étudiants », militants et talibés, comme tout esprit ayant perçu un bruit de mutations accompagnant la naissance d’un ordre nouveau. 

 

Tamsir Jupiter Ndiaye